Conditions historiques de la codification de la norme littéraire du français 


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Conditions historiques de la codification de la norme littéraire du français

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§7.3. Pléïade

 

Pour assumer toutes ces fonctions multiples (langue d'Etat, langue des sciences et techniques, langue de tous les genres littéraires) dont la plupart revenait au latin, le français dénommé à l'époque « langue vulgaire » doit tenir tête à l'idiome latin. Il lui faut évincer celui-ci progressivement des « hautes sphères ». Il s'agit de défende le français contre ceux qui refusent de l'utiliser à certaines fins en alléguant ses prétendues imperfections, sa pauvreté et l'absence des règles. Nombreux sont les écrivains, les grammairiens et les savants qui s'y mettent, ce qui vaut au XVI s. d'être appelé « l'époque de défense et d'illustration » de la langue française.

Parmi les premières revendications en faveur du français, citons, à part L'Art et la science de géométrie par Ch. de Bovelles (1514): iI suffit de cultiver le français et lui donner par la suite des règles comme on l'a fait autrefois pour les langues anciennes. Une autre déclaration défendant les droits du français est faite par J. Peletier du Mans en tête d'une traduction de L' Art poétique d'Horace (1545). L'auteur évoque l'exemple du latin qui à un moment donné après avoir abandonné le grec, s'est appliqué à s'enrichir et se perfectionner. Pour pousser les savants et les écrivains français à s'exprimer en leur langue maternelle il rappelle aussi l’œuvre de Pétrarque et de Boccace ayant écrit en toscan.

Préparé de longue date grâce à d'autres revendications, le manifeste de la Pléiade (1549), rédigé par le poète Joachim du Bellay, devient le symbole du mouvement en faveur de l’émancipation du français. Aspirant à élever sa langue maternelle au rang des idiomes anciens, la Pléïade lutte pour son enrichissement et son expansion dans toutes les couches sociales et à tous les usages. Le manifeste exprime le désir de rendre le français apte aux plus grands genres poétiques, et fait l'apologie de ses ressources encore inemployées.

Le perfectionnement du français est présenté à l'époque sous l'aspect d'enrichissement lexical: il s'agit de doter le français d'un vocabulaire capable de rendre toutes les idées et toutes les nuances de sens possibles. C'est pourquoi la Pléïade et, en particulier, Ronsard appellent à enrichir le lexique français par tous les moyens: créer des mots nouveaux utilisant les procédés de dérivation et de composition.

Les grands écrivains de l'époque suivent ces conseils et prescriptions, plusieurs les ont même devancés, tel, par exemple, un des plus grands génies littéraires du XVI s. F. Rabelais. Pour nommer les jeux du jeune Gargantua, il utilise 153 termes; Rabelais donne 138 noms de plats servis à Mandus, etc.

Rabelais fait preuve d'une grande hardiesse composant son immense épopée, dont les débuts remontent à l'an 1532, en « langage vulgaire - le françois ». Cette entreprise l'oblige à créer quantité de mots et termes nouveaux, à en emprunter quelques-uns aux langues mortes ou vivantes ou bien aux dialectes français. Sa langue ainsi que celle de ses contemporains abonde toutefois en archaïsmes lexicaux et grammaticaux, hérités du moyen français.

Dans ces conditions, la notion de norme littéraire au XVI s. est toute particulière: seule une langue riche en moyens d'expressions peut assumer le rôle d'une langue nationale, ce qui fait que tous les procédés d'enrichissement sont reconnus bons et nécessaires. Les grammairiens s'y mettent aussi, admettant dans l'usage littéraire les tours du langage parlé. Tout ce qui contribue à exprimer idées et faits est digne de faire partie de la norme littéraire au XVI s. Il n'y a rien qui puisse freiner son perfectionnement.

§7.4. Grammairiens

Une langue employée communément doit avoir ses règles de grammaire, de prononciation et d'orthographe. C'est pourquoi le XVI s. fait des efforts pour constituer une grammaire française. Les premières grammaires apparaissent a l'étranger, entre autres, celle de Palsgrave (1530).

En France, on doit une première grammaire de français à J. Dubois, connu sous son nom latin de Sylvius Ambianus (1478 - 1555). C'est un médecin, ayant comme tous les grands esprits de la Renaissance acquis des connaissances profondes en langues anciennes. Son ouvrage écrit en latin paraît en 1531 (nouveau style, 1532) et présente une description du français en deux parties, comportant une espèce de phonétique étymologisante (histoire des lettres) et une morphologie.

Le plus grand et le plus original grammairien de l'époque est incontestablement Louis Meigret qui commence par proposer son système de réforme orthographique. II a pour but de décrire et de fixer l'usage. Meigret proteste contre l'asservissement du français par le latin, qu'on rencontre dans les écrits de ses prédécesseurs.

Les premiers grammaires ont le mérite d'avoir posé le problème de l'usage qu'il faut suivre pour décrire les règles du français et celui d'avoir fait la description de cette langue en suivant différents points de départ et en proposant plusieurs classifications diverses.

 

 

CHAPITRE 8. FRANÇAIS MODERNE (XVII - XVIII ss.)

Le français moderne qui se constitue au XVII s. est dans ses grandes lignes aussi la langue de l’époque contemporaine à cette différence que le XIX s. et surtout le XX s. ébauchent les tendances très nettes d'une évolution tellement importante et des rapports si particuliers entre différents styles de l’idiome qu'il est indispensable de considérer la dernière période à part, lui donnant le nom du français contemporain.

Bien qu'il existe une certaine unité linguistique (français classique) qui caractérise le XVII et le XVIIIss., l'évolution de la langue ainsi que celle des notions et goûts linguistiques est indéniable à partir du milieu du XVIII s. Ceux-ci subissent un changement notable sous la poussée de la prise de conscience du tiers état avec la déchéance de l'aristocratie et de la monarchie absolue.

Le XVII s. connaît un état déjà constitué ; les classes de la société française forment une hiérarchie stricte sous l'égide du roi. La monarchie absolue se trouve raffermie surtout sous Richelieu. Le règne de Louis XIV est l'épanouissement de la monarchie autoritaire qui caractérise l'époque de transition entre le féodalisme et le capitalisme à un moment où la noblesse et la bourgeoisie sont en équilibre des pouvoirs. Les rôles sont cependant strictement partagés; si la bourgeoisie est au pouvoir économique, le rôle politique revient à la noblesse appelée à la cour auprès du premier seigneur de l'Etat - le roi. L'aristocratie de la cour oppose ses coutumes ainsi que son langage au peuple et même à la bourgeoisie.

La conception de la norme littéraire au XVII s. se distingue de celle qui fait loi au siècle précédent, ce qui est dû au rôle différent qui incombe à la langue au cours de ces deux époques. Ainsi, le XVII s. « défend et illustre » le français pour destituer une langue étrangère, le latin, de toutes ses fonctions et, de ce fait, élever le français au rang d'une langue nationale. L'intérêt est porté en premier lieu au vocabulaire; pour l'enrichir, tous les procédés et sources d'emprunts sont déclarés efficaces. La norme littéraire du XVII s. insiste donc sur l'aspect quantitatif de la langue: plus le lexique est riche, plus florissante est la langue.

Le premier souci des grammairiens du XVII siècle est au contraire de « régler la langue », de formuler les principes d'un usage correct. Le siècle classique se dresse donc contre les excès de la Renaissance dans l'enrichissement lexical. Il veut y mettre de l'ordre et commence par épurer le vocabulaire et le débarrasser de nombreuses créations immotivées ou peu motivées, par éliminer ou bien délimiter les synonymes. Ainsi, par exemple, les conjonctions composées pour ce que, à cause que, auparavant que, devant que cèdent la place à parce que, puisque, avant que.

Le XVII s. commence l'époque du français moderne. C'est à partir du XVII s. que tous les traits fondamentaux du français ont été fixés: la prononciation dans l'ensemble, la morphologie du verbe, du nom, du pronom, la constitution de la proposition simple et de la phrase complexe, le vocabulaire fondamental en dehors des usages techniques. A partir du début du XVII s. les textes littéraires ou non, nous sont directement accessibles, en dehors de détails assez peu nombreux. Les oeuvres philosophiques, les romans, les correspondances, etc. peuvent être lus sans effort sensible tenant à la langue.

Le XVII s. C’est le siècle de la' littérature classique. A cette époque la monarchie absolue atteint son apogée. Le roi a triomphé définitivement sur la noblesse. Les rois gouvernent personnellement ou se font assister (parfois gouverner) de ministres. Les étapes sont: gouvernement personnel de Henri IV (1594—1610), principal ministre Sully, règne de Louis XIII, gouvernement effectif par Richelieu (1610—1643), règne de Louis XIV, pendant sa minorité — gouvernement de Mazarin (1643—1661), ensuite son gouvernement personnel (1661—1715), principaux ministres sont — Louvois et Colbert. L'absolutisme royal a aboli toute représentation collective: les Etats généraux n'étaient plus réunis par les rois, comme ils l'avaient été autrefois.

De cette époque date le rôle définitivement prééminent de Paris: la cour y résidait, au Louvre et ne s'écartait guère (Versaille est à 20 km de Paris). Les provinces étaient administrées à la fois par des gouverneurs, grands seigneurs, qui ne tenaient leurs pouvoirs que de la délégation royale, et par des intendants, souvent de classe bourgeoise, employés directs du roi. La bourgeoisie jouait un rôle de plus en plus grand. L'industerie était toujours en voie de développement. La prospérité de la cour attirait des poètes, écrivains, peintres, musiciens, philosophes, savants. Paris est devenu le centre non seulement politique et économique mais aussi culturel de la France. C'est à cette époque que Descartes a publié son oeuvre « Discours sur la méthode » (1637). Ce livre a une grande influence non seulement sur la pensée philosophique française mais aussi bien sur les théories de la langue.

L'époque du XVII s. et également la langue du XVII s. portent le nom de « classique ». Le mot latin « classicus » voulait dire « de la première classe de citoyens », un érudit romain l'a appliqué dès le II s. aux écrivains de « haute classe », à ceux qui ont été considérés comme modèles. En latin aussi et en français dès le XVI s. on a dit « classes d'écoliers », comme on disait des « classes de citoyens », puis on a dit « faire ses classes » pour « faire des études complètes ». Un auteur « classique » a pu dès lors être aussi un auteur qu'on explique ou étudie dans les classes.

Ainsi en France on a parlé d'abord des classiques grecs et latins, puis après le XVII s. des classiques français, du XVII s. considérés comme modèles. Au XIX s. quand .on opposait les « classiques » à la nouvelle école dite romantique on entendait par « classiques » les auteurs du XVII s. et leurs successeurs du XVIII s. et enfin ceux qui, dans la première partie du XIX s. entendaient imiter les auteurs antérieurs en observant les mêmes règles littéraires. Depuis, les conceptions se sont élargies, l'enseignement s'est amplifié, il a admis les meilleurs auteurs, ceux dont la réputation a survécu et dont les oeuvres continuent à être lues, de toutes les périodes. Ainsi on parle des « classiques » du Moyen Age, et on dit que les « romantiques » Victor Hugo ou Lamartine et certains de leurs successeurs, sont des « classiques » de la littérature française, à la fois parce qu'on les tient pour des auteurs de premier ordre, et parce qu'on les explique dans les classes, généralement en « morceaux choises »".

Dans la littérature cette période est marquée par les écrivains suivants : c'est en premier lieu le théâtre de Molière, de Corneille et de Racine, tragédies et comédies faites suivant les règles impératives de ce temps, renouvelées de celles du théâtre grec et des théories d'Aristote: de là les fameuses unités de lieu, de temps et d'action qui restreignent la pièce à trois ou cinq actes dans un même décor, pour les événements qui doivent être censés tenir en 24 h. Ce seul exemple suffit à montrer l'usage constant de l'autorité et de la règle qui est la marque principale de l'époque.

C'est le siècle des Fables de La Fontaine, des Contes de Charles Perrault, des Lettres de Mme de Sévigné, des Caractères de La Bruyère, - oeuvres très souvent lues à l'époque et depuis lors. C'est à cette époque qu'apparaissent les romans de Mlle Scudéry, et c'est du XVII s. que datent les périodiques qui ont commencé à paraître: « Mercure de France » (1605), « Gazette de Théopliraste Renaudot » (1631), « Journal des Sçavants » (1665).

L'emploi du français prenait toujours plus d'ampleur. C'est au traité de Rastadt en 1714 que le français a commencé à été employé comme la seule « langue diplomatique ». Au XVII s. on a beaucoup travaillé sur le français dans les deux sens:

1)' on l'a observé, étudié, on a commencé à faire l'histoire des mots;

2) on s'est efforcé d'agir sur lui (normalisation — codification).

 



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