Fonds usuel du lexique et ses couches lexicales.


2a. Caractères du fonds lexical usuel. Le fonds usuel comprend des vocables d'un emploi commun pour toute la société. Tels sont les mots et les expressions terre, soleil, homme, grand, beau, travailler avoir faim et beaucoup d'autres qui sont parmi les plus usités dans langue. À côté des mots autonomes le fonds usuel comprend les mots outils ou non-autonomes qui ont reçu un emploi commun et durable. Ce sont les articles, les pronoms, les verbes auxiliaires, les prépositions, etc. Les mots et locutions du fonds usuel qui constituent la base lexicale du français standard, sont nécessairement employés par les représentants des couches sociales différentes dans la plupart des régions où le français sert de moyen de communication.

En dehors du fonds usuel du vocabulaire demeurent les mots dialectaux d'une extension restreinte, employés de préférence dans une région déterminée. Ainsi mouche à miel répandu au Nord de la France n'entre pas dans le fonds usuel, tandis que abeille exprimant la même notion et employé sur presque tout le territoire du pays en fait sans conteste partie.

Les mots d'argot et de jargon, les termes spéciaux et professionnels, etc., doivent être aussi exclus du fonds usuel ; tels sont, par exemple, les cas de bûcher, potasser, piocher, chiader tenant lieu de « travailler ferme » dans l'argot scolaire.

Les mots du fonds usuel subsistent dans la langue pendant une longue durée. Le fonds usuel est de beaucoup plus vital que l'ensemble du vocabulaire. En effet, un grand nombre de mots du fonds usuel du voca­bulaire du français moderne remonte à une période historique éloignée, à l'époque de la domination romaine en Gaule et de son envahissement ultérieur par les tribus germaines, durant la période de la formation de la langue française à base du latin populaire (ou « vulgaire »).

Le fonds usuel du français moderne a conservé un grand nombre de mots ayant appartenu autrefois au latin populaire et qui ont été répandus sur le territoire de la Gaule par les soldats romains. Citons quelques-uns de ces mots qui sont jusqu'à présent d'un emploi commun : oie ß auca, parent ß parentis, tête ß testa, jambe ß gamba, citéß civitas, boucheß bucca, manger ß manducare, trouver ß tropare, passer ß passare, poi­trine ß pectorina.

Le vocabulaire du latin populaire possédait un certain nombre de mots d'origine étrangère, ce qui s'explique par les relations économiques, culturelles et autres que Rome avait établies avec les autres peuples.

Les relations étroites entre Rome et la Grèce ont contribué à la péné­tration de certains mots grecs dans le fonds usuel du vocabulaire français par l'entremise du latin populaire. Ce sont des termes d'église, un certain nombre de mots d'un emploi courant tels que bourse, bouteille, bocal, golfe, plat, tombe, corde, carte, lampe «факел, свеча», épée, école, cathédrale.

Le latin populaire possédait un certain nombre de mots de provenance germanique. C'étaient pour la plupart des termes militaires qui avaient pénétré en latin à la suite des conflits militaires entre les Romains et les tribus germaines. Ainsi les mots guerre, éperon, trêve, qui font jusqu'à présent partie du français remontent à cette période lointaine. On peut encore ajouter quelques mots qui signifiaient autrefois la robe d'un che­val et qui, aujourd'hui, désignent des couleurs en général : blanc, brun, fauve, gris.

À l'époque de la domination romaine en Gaule (Ier siècle av. n. è. – V siècle n. è.) le latin populaire qui élimina la langue indi­gène a pourtant assimilé un certain nombre de mots d'origine celtique (180 d'entre eux ont survécu jusqu'à nos jours ). Ce sont, les termes se rapportant à la vie agricole de la France — des noms d'outils agricoles, de plantes, d'arbres, d'animaux, de villes tels que alouette, bouleau, bec, balai, bouc, branche, cabane, charpente, charrue, chêne, mouton, harnais, lieue, sillon, roche, ruche, saumon, grève, tonneau, Paris, Verdun, Nantes, Amiens, Lyon, Rouen etc.

L'envahissement du nord de la Gaule par les Francs (une des tribus germaines) vers la fin du V siècle et l'occupation ultérieure de toute la Gaule sont les causes historiques de la pénétration dans le vocabulaire etson fonds usuel de toute une série de mots d'origine germanique (plus de500 mots germaniques ont pris pied dans le vocabulaire du gallo-romain; environ 200 d'entre eux sont restés dans le français contemporain. On peut nommer maréchal, riche qui signifiaient respectivement « domestique chargé de soigner les chevaux » et « puissant », qui entrent dans le fonds usuel et qui étaient autrefois des termes de féodalité.

Les Francs qui menaient presque exclusivement une vie champêtre ont introduit dans le français des mots qui ont rapport à la campagne ; parmi eux hêtre, haie, jardin, gerbe, frais sont d'un usage courant dans le français d'aujourd'hui. Ils ont aussi introduit un certain nombre de mots désignant des objets ou phénomènes se rapportant à la guerre, à la vie sociale et domestique, par exemple : bâtir, fauteuil, gant, hache, haïr, hareng, orgueil, gage, garder, guerre, guérir appartiennent au fonds usuel du français moderne.

Ces mots ont pénétré si profondément dans la langue, ils y ont reçu un emploi si vaste qu'ils sont parvenus jusqu'à nos jours et font partie du fonds usuel du français moderne.

Pourtant le fonds usuel du français de nos jours n'est guère le fonds primitif du vocabulaire de l'époque de la formation de la langue française ; il est beaucoup plus riche que, par exemple, au IXe siècle. À plus forte raison le fonds usuel du français moderne ne doit être confondu avec le fonds héréditaire (terme répandu dans la littérature linguistique française) qui comprend les mots du latin populaire de l'époque de la formation du français.

2b. Enrichissement graduel du fonds usuel.Le fonds usuel de la langue française n'est pas resté immuable. Il s'est enrichi graduellement au cours des siècles quoiqu'il ait perdu une certaine quantité de vocables qui, par la suite, ont disparu ou se sont cantonnés dans une sphère restreinte. Les créations ultérieures qui ont acquis un emploi commun et faisant preuve de vitalité font partie intégrante du fonds usuel. Ce sont des mots ou des locutions formés par des moyens propres à la langue : patriote ß patrie, feuillage ß feuille, souper (m) ß souper, dîner (m) ß dîner, marche ß marcher, vinaigre ß vin aigre, cache-nez, porte-monnaie, bête à bon dieu (‘божья коровка’), de bon / de mauvais aloi (‘[добро] недоброкачественный’).

Ce peuvent être des homonymes sémantiques. Comme par exemple : feuille (d'arbre) - feuille (de papier), plume (d'oiseau) - plume ausens de «plaque métallique» pour écrire, grève - «plage sablonneuse ou caillouteuse» - grève, « cessation du travail par les ouvriers coalisés ».

Le fonds usuel s'est enrichi d'un certain nombre de dialectismes dont le halo local s'est effacé : crevette, galet (de provenance normanno-picarde), ballade, cigale, escargot (du provençal).

Il s'est enrichi d'emprunts aux langues étrangères, par exemple :

lat. : éducation, énumération, explication, exister, hésiter, automobile ;

gr. : sympathie, hypothèse ; chronologie, phonétique, métaphore ;

ital. : attaquer, canon, soldat, balcon, costume, corridor, poltron,

pantalon ;

esp. : chocolat, tomate, camarade, bizarre ;

angl. : parlement, wagon, tramway, club, sport.

Ainsi le fonds usuel du vocabulaire n'est que relativement stable ; il s'est sensiblement enrichi au cours des siècles.

2c. Conditions principales contribuant à l'élargissement du fonds usuel du vocabulaire.Ceux des mots et de leurs équivalents acquièrent aisément un usage courant qui désignent des objets ou de phénomènes dont le rôle dans la pratique quotidienne est capital.

Telles sont, par exemple, parmi les dénominations des parties du corps humain : main, tête, bras, doigt, jambe, pied, cou, épaule, dos, etc. Au contraire, les mots tels que occiput - «затылок», épigastre - «место, называемое noд ложечкой », lombes - «noясница», médius - «средний палец руки», annulaire - «безымянный палец руки», auriculaire - «мизинец», hypocondre - «подреберная область живота» demeurent en dehors du fonds usuel car les parties du corps qu'ils désignent sont d'une importance secondaire dans l'activité jour­nalière de l'homme.

La pénétration des mots dans le fonds usuel du vocabulaire est favo­risée par leur large emploi dans la littérature et la presse. On connaît le rôle immense qu'a joué l'activité de la Pléïade dans l'enrichissement de la langue française, du vocabulaire et, en particulier, de son fonds usuel.

Parmi les mots introduits par les écrivains de cette époque (XVIe siècle) on peut en signaler plusieurs qui sont devenus d'un usage courant : bavard, causeur, désordre, parfum, parfumer, représentant, fidèle, instant, célèbre, rare, avare, fréquent, succès, etc.

Vers la même période on commence à utiliser comme moyen de dérivation un grand nombre d'éléments empruntés, surtout des suffixes ; on peut signaler les suffixes suivants empruntés alors au latin et au grec dont la productivité ne décroît pas. Tels sont : -ation, -ateur, -ité, -itude, -iste, -isme, -ique, -is(er), et d'autres. Un grand nombre de mots créés avec ces suffixes appartiennent au fonds usuel.

Le fonds usuel du lexique français se caractérise par sa stabilité et sa vitalité, par son caractère national. Ses éléments essentiels restent dans la langue durant de longs siècles, depuis l'époque de la romanisation de la Gaule jusqu'à nos jours. Pourtant le fonds usuel du français d'aujourd'hui est considérablement plus riche que celui de l'ancien français, le lexique d'une langue se trouvant en état de modification perpétuelle conditionnée tout d'abord par les changements dans la vie sociale et culturelle de la France, par le progrès de la mentalité humaine.

 

3. Différenciations territoriales du lexique du français moderne. La communauté de la langue est un trait inhérent à la nation. Aucune nation ne peut exister sans la communauté de la langue. La langue n'est guère la création de quelque groupe social, mais le résultat des efforts de toute société en entier. Même une société divisée en classes ou groupes antagonistes ne peut exister sans la communauté de la langue. Afin de communiquer entre eux, les membres d'une société formant nation doivent nécessairement avoir à leur disposition une langue commune.

La nation est une catégorie historique. Le processus de suppression du féodalisme au cours du développement du capitalisme est en même temps le processus de l'organisation des hommes en nations. La formation des langues nationales, qui accompagne la constitution des nations, s'effectue à l'époque de l'apparition et de la consolidation du capitalisme.

Tout comme la langue nationale le dialecte local est au service de toutes les couches d'un peuple habitant un territoire déterminé. Le dialecte local possède des traits particuliers quant au système grammatical, au voca­bulaire et à la prononciation qui le distinguent de la langue nationale.

Le rôle des dialectes locaux est surtout considérable du fait que l'un d'entre eux peut élargir la sphère de son emploi et donner naissance à la langue commune de toute une nation, il peut se développer en une langue nationale.

3a. Formation de la langue nationale française et de ses dialectes locaux. Le début du développement du capitalisme en France et, par conséquent, de la formation de la nation et de la langue nationale remonte aux XIe-XIIe siècles, précisément à l'époque de l'apparition de nombreuses villes dans le pays. La lutte des habitants de ces villes et bourgs, des «bourgeois», pour leurs droits civils marque le début de la collision du capitalisme et du féodalisme.

La langue nationale française s'est développée du dialecte de l'Île-de-France. Le rôle prédominant du dialecte de l'Île-de-France, du francien, date de la fin du XIIe siècle.

Le francien, devenu le français, est proclamé langue d'État au XVI siècle (avant le XVIe siècle c'était le latin qui était la langue d'État) ; c'est précisément en 1539, par l'ordonnance de Villers-Cotterêt éditée par François Ier, que le français devient la seule langue officielle obligatoire dans toutes les régions françaises. Dès lors le français est reconnu comme la langue de toute la nation.

Pourtant le français n'a pas été d'un coup parlé par tous les habitants du pays. Le français en tant que langue nationale officielle s'est répandu graduellement au cours des siècles ultérieurs en évinçant peu à peu et non sans difficultés les dialectes et les patois locaux.

Les dialectes français étaient des rejetons du latin parlé en Gaule à la fin de l'Empire romain. Ils se laissaient répartir en trois groupes essentiels. Ces derniers s'esquissent dès le IXe siècle et apparaissent nettement au Xe siècle : 1) dialectes de la « langue d'oïl » - le francien, le picard, le normand, le wallon, le lorrain, le champenois, le bourguignon et autres répandus au Nord et à l'Ouest ; 2) dialectes de la « langue d'oc » - le provençal, le languedocien, l'auvergnat, le limousin, le gascon et autres répandus dans le Midi et sur le Plateau Central (d'après la manière d'exprimer l'affirmation : oïl — au Nord, oc — dans le Midi), 3) les dialectes franco-provençaux répandus dans les provinces situées aux confins de la Suisse. Les dialectes du Midi (de la langue d'oc) avaient subi plus profondément l'influence romane ; les dialectes du Nord (de la langue d'oïl) avaient conservé un plus grand nombre d'éléments gaulois et on y retrouvait les traces de l'influence germanique. Les dialectes franco-provençaux avaient un caractère double : ils possédaient le vocalisme de la langue d'oc, le consonantisme et la palatalisation de la langue d'oïl.

Les dialectes du Nord et ceux du Midi se distinguaient par certaines formes grammaticales. Les tendances analytiques étaient plus fortes dans les dialectes du Nord. Leur système de déclinaison a été détruit plus tôt. La destruction de l'an­cien système de conjugaison était accompagnée du développement et de l'augmentation en nombre des mots-outils. Par contre, dans les dialectes méridionaux les terminaisons verbales se conservaient mieux.

En ce qui concerne le vocabulaire des dialectes, il faut noter qu'il présentait des particularités plus évidentes. Les dialectes possédaient un lexique abondant désignant un grand nombre d'objets concrets particuliers aux régions où ces dialectes étaient parlés.

Les dialectes étaient un obstacle sérieux à la propagation de la langue française nationale. Au XVIe siècle le français, exception faite pour les habitants de l'Île-de-France, n'est encore parlé que d'un petit nombre de gens; il se répand exclusivement comme langue de la littérature et des chancelleries. C'est au XVIIe siècle que le français pénètre dans l'usage des provinces de langue d'oïl, telles que la Normandie, la Champagne, la Bourgogne, la Basse-Loire qui étaient en contact étroit avec la capitale. Vers la même époque le Midi de la France ne connaissait guère encore le français. Le XVIIIe siècle marque un tournant décisif dans la propagation de la langue de la capitale dans le pays. C'est surtout après l'avènement de la bourgeoisie au pouvoir à la suite de la Révolution de 1789 que commence l'élimination progressive des dialectes, voire des langues des minorités nationales suivie de la diffusion du français sur tout le territoire de la France.

3b. Etat actuel de la langue nationale française.Les XIXe et XXe siècles sont marqués par les progrès considérables du français. Le développement rapide de l'économie, le service militaire obligatoire, la diffusion de l'instruction y ont largement contribué.

Le français contemporain n'a presque guère conservé de dialectes.

Par contre, sur le territoire du pays le français national, en se propageant jusque dans les coins les plus éloignés du pays, porte l'empreinte des dialectes qu'il a évincés. Ce français quelque peu modifié sous l'influence des dialectes locaux est appelé « français régional ». Le français régional de France n'est rien autre que le français national qui s'est assimilé quelques particularités dialectales. Donc, le français régional occupe une place intermédiaire entre le français de la capitale et le patois.

3c. Caractères essentiels du français régional de France.EnFrance le français régional a subi l'influence des parlers locaux qui se fait surtout sentir sur la prononciation.

La prononciation dans les régions du Nord de la France est à quelques détails près la même que celle des Parisiens. La prononciation des originaires du Midi s'en distingue profondément. Le langage y est plus mélodieux il est caractérisé par un timbre plus élevé ; les voyelles nasales n'y existe pas ou bien elles sont prononcées d'une autre manière ; ainsi, par exemple on fait entendre le n de chanter sous l'influence du mot local « canta ». Par exemple, la prononciation de enfant pourrait être représentée comme « âne fagne. ».

Un autre trait de l'accent méridional est la présence des [ə] devenus muets dans le français de Paris, surtout en position finale.

La prononciation de eu comme [ø] dans les syllabes fermées (par exemple, aveugle) est caractéristique des Berrichons et des Lorrains.

La prononciation du français régional conserve parfois des traits archaïques; ainsi, on prononce [ ] — bref et ouvert — dans jaune, rose dans le Midi de même qu'en Picardie ; l'ancienne prononciation des voyelles finales ouvertes, comme [p ] au lieu de [po] pour pot a survécu aux confins de la langue d'oïl, de la Charente aux Vosges.

Les distinctions grammaticales du français régional sont moins pro­noncées. Parmi les particularités les plus frappantes il faut mentionner l’emploi, dans les régions du Midi, du passé simple dans la conversation ; la conjugaison du verbe être, et certains autres, avec l'auxiliaire être aux temps composés (par exemple: je suis été, je suis passé) ; l'emploi des tournures comme c'est le livre à Pierre ; l'existence d'un plus grand nombre de verbes pronominaux, par exemple : se manger un poulet, se penser.

Quant au vocabulaire du français régional il comprend un certain nombre de vocables particuliers, parmi lesquels on rencontre des mots périmés, tombés en désuétude dans le français national littéraire. Tels sont les mots courtil (« jardin » et par métonymie « maisonnette de paysan ») en Bretagne, souventes fois (« souvent ») en Saintonge.

Le français régional, surtout dans le Midi, possède des mots ou des expressions de sa propre fabrication, par exemple : avoir le tracassin - « être turbulent, ne pas tenir en place », millade [mijad] - « bouillie de millet », millas(se) ou milliasse [mijas] - « divers gâteaux et pâtisseries à base de maïs », journade - «terrain qu'on peut labourer en une jour­née» ; bastide - « ferme isolée, petite maison de campagne», lamparo - « lampe pour attirer les poissons » en Provence, bombée - « balade, virée » - en Savoie.

Parfois certains mots d'un emploi usuel dans la langue nationale ont dans le français régional un autre sens. Dans le Poitou, quitter s'emploie pour « laisser » ; dans l'Orléanais guetter a conservé le sens ancien de « garder, surveiller » ; en Normandie espérer signifie « attendre ». Au Midi de la France le mot piéton a le sens de « facteur rural », le substantif marâtre garde son sens primitif, celui de « belle-mère ». En Auvergne un homme fier signifie aussi « un homme bien mis, un homme mis avec élégance ». Un seul mot français peut s'opposer dans toute la région à quantité de termes locaux. Ainsi le « lézard gris », désigné en français par le substantif larmuse, a en basse Auvergne une dizaine de types et de nombreuses appellations.

 

 

3d. Action réciproque du français et des patois, des français régionaux.

L'action du français sur les parlers locaux. L'action du français sur les parlers locaux est surtout manifeste dans le vocabulaire. Toutes les innovations d'ordre social, économique, politique sont dénommées par des mots français. Les patois, essentiellement concrets, adoptent les termes abstraits français. Plus vivaces sont les vocables patois ayant trait à la vie rurale et domestique, aux parties du corps, aux conditions atmosphérique aux coutumes locales. Actuellement les mots et les tours patois sont petit à petit éliminés du langage des jeunes qui voit en eux des vestiges d'un temps révolu.

L'emprise du français est moins forte sur le système grammatical surtout la prononciation des patois.

L’influence des parlers locaux sur le français national.Les dialectes locaux en voie de disparition s'incorporent à la langue nationale en l'enrichissant à leur tour d'un nombre considérable de mots et d'expressions reflétant la culture, les mœurs, les conditions économiques et géographiques des régions différentes. Parmi les dialectes qui ont enrichi au cours du temps le français national la première place revient à ajuste titre aux parlers provençaux. Le français a adopté au provençal des mots tels que : asperge, brancard, cadenas, cadeau, cigale, amour, caserne, cap, cabas (« panier plat en paille, en laine, etc. »), tricoter, casserole, con­combre, boutique, cabane, badaud, bagarre, charade, chavirer, charabia, escalier, escargot, fat, jaloux, pimpant, aiguë marine («émeraude vert de mer»). Certains ont conservé leur halo provençal, tels sont bouillabaisse (« mets provençal composé de poissons cuits dans de l'eau ou du vin blanc »), ailloli (« coulis d'ail pilé avec de l'huile d'olive »), farandole, fétiche, mas, pétanque, mistral. Le limousin a donné rave, le mot poussière a été pris au lorrain. Le Midi a donné une quantité de mots tels que ballade, troubadour, charade, farandole, pelouse, béret.

Parfois le français emprunte le radical et forme un mot nouveau
en y ajoutant un affixe. Ainsi le mot familier costaud est formé du provençal costo [côté]. Il s'emploie dans la langue parlée comme adjectif synonyme de solide, fortement charpenté, et comme substantif ausens d'un brave gaillard. Un autre mot très familier parfois dingue « un fou » est un dérivé du verbe dinguer « sursauter avec un grand bruit ».

Avant de devenir le français, le dialecte de l'Île-de-France n'était parlé que par des ruraux terriens ignorant à peu près tout ce qui se rapportait à la mer. Les termes de marine furent plus tard pris par le français au normand et au picard : crevette, caillou, cahute, écaille, flaque («une petite mare»), galet («caillou poli déposé sur le rivage»), homard, salicoque (« variété de crevette »), pieuvre sont venus du normand ; daurade, rascasse, sole (noms de poissons) — du provençal. Il faut ajouter que beaucoup de mots d'origine norroise (vieux Scandinave) ont été introduits dans le français par l'intermédiaire du normand; tels sont : bâbord («côté gauche d’un navire»), bateau, bord, cingler («frapper, fouetter»), hauban(«cordage, câble métallique servant a maintenir qch., à le consolider»), hisser, vague.

Les parlers de la Savoie et de la Suisse française ont introduit dans le français des termes ayant trait aux montagnes : chalet, moraine («débris de roche entraînés par un glacier»), avalan­che, glacier, chamois («ruminant à cornes qui habite les montagnes»), alpage (« pâturage d'altitude »), replat (« plateau en saillie au flanc d'une montagne »), varappe (« escalade de rochers »), luge (« petit traîneau à main »), piolet (« bâton de montagne ferré à un bout et muni d'une petite pioche »); des mots désignant les fabrications locales : gruyère, tomme (sortes de fromage).

Beaucoup de termes se rapportant à l'industrie minière ont été pris aux dialectes picardo-wallons ; tels sont : houille, grisou («gaz qui se dégage dans les mines de houille»), coron, faille(«fracture de l’écorce terrestre»), benne («caisse servant au transport dans les mines, les chantiers») ; rescapé, forme wallonne de réchappé, a été introduit dans le français commun pour désigner celui qui est resté sauf après la terrible catastrophe de mine de Courrières (Pas-de-Calais) de 1906 et a pris par la suite le sens plus général de « qui est sorti sain est sauf d'un danger ».

De cette façon l'évincement actuel des patois ne signifie pas leur disparition complète.

Les français régionaux en dehors de France.On parle aussi de français régionaux lorsqu'il s'agit de la langue française en usage en dehors des frontières de la France. Au-delà de l'hexagone les français régionaux à rayon d'action le plus étendu sont ceux de la Belgique, de la Suisse romande et du Canada.

Les divergences au sein du français en usage dans ces pays sont avant tout d'ordre lexical. Ce sont parfois des dénominations de réalités locales, comme, par exemple, les canadianismesouaouaron(m) - «grenouille géante de l'Amérique du Nord», doré (m) - «poisson d'eau douce estimé en cuisine» ou les belgicismes escavêche (f) - « préparation de poisson ou d'anguille », craquelin - « variété de pain au lait et au sucre », caraque - « une variété de chocolat », cassette - « spécialité de fromage de la région de Namur » ; débarbouillette est un autre canadianisme qui correspond en français à «gant de toilette ». Plus souvent ce sont des équivalents de vocables du français central. Ainsi en Belgique on dit amitieux pour « affectueux » en parlant d'une personne, avant-midi (m) pour « matinée », fricadelle (f) pour « boulette de viande hachée ». En Suisse clairance (f) et moindre (tout ~) sont des synonymes autochtones de « lumière », et de « affaibli ; fatigué ». Septante, octante, nonante sont à la fois belgicismes et des helvétismes employés pour «soixante-dix», «quatre-vingts» et « quatre-vingt-dix ». Des mots du français central peuvent recevoir des sens particuliers. Un cas curieux à l'oreille d'un français est présenté par l'adjectif cru qui, tant en Suisse qu'en Belgique, signifie «froid et humide» (cf. il fait cru aujourd'hui).

Il faut signaler que certains vocables n'ont pas exactement la même valeur sémantique en France et dans les autres pays francophones. Il est ainsi de déjeuner, coussin ou odeur qui sont employés respectivement pour «petit déjeuner», « oreiller » et « parfum » dans le français belge.

II est remarquable que les régionalismes «extra hexagonaux» désignent souvent des choses pour lesquelles le français central n'a pas trouvé de dénomination univerbale. Tels sont, entre autres, les canadianismes poudrerie - «neige sèche et fine que le vent soulève en tourbillons», avionnerie - «usine d'aviation», ou bien les belgicismes ramassette - « pelle à balayures », légumiers (-ère) - « marchand(e) de légumes ».

 

III. QUESTIONS D’AUTOCONTRÔLE :

 

1. a) Qu’est-ce que c’est que la stratification fonctionnelle du

vocabulaire d’une langue ?

b)Quels groupements lexicaux distingue-t-on dans une langue et

qu’est-ce qui se trouve à la base de cette répartition du lexique ?

c) En quoi consiste la différenciation sociale du vocabulaire d’une

langue ? Quelles en sont les causes ?

2. a) Qu’est-ce que c’est que le fonds usuel d’une langue ?

b) Quels types de mots en font partie ?

c) Quels types de mots en sont exclus ?

d) Quel est l’apport du latin populaire au fonds usuel du français ?

Citez-en les exemples.

e) Quel est l’apport du grec, des langues germaniques au fonds usuel

du français pendant la domination romane ? Quelles en sont les

causes ? Citez-en les exemples.

f) Quel est l’apport des langues germaniques au fonds usuel du

français à la suite de l’envahissement de la Gaule par les

Francs?Citez-en les exemples.

j)Quels étaient les moyens essentiels de l’enrichissement graduel du

fond usuel au cours des siècles ?

h)Quelles sont les conditions principales contribuant à l'élargissement

du fonds usuel du vocabulaire ?

 

3. a) Quel est le rôle de la langue dans la formation de la nation ?

b) Qu’est-ce que c’est que les dialectes et les parlers locaux d’une

langue ?

3a. a) Quel dialecte a donné naissance à la langue française nationale ?

b) Quels groupes de dialectes peut-on distinguer sur le territoire de la

France actuelle à l’époque féodale ?

c) Nommez les principaux dialectes de la «langue d’oïl» et parlez de

leur particularités phonétiques, lexicales etgrammaticales.

d) Nommez les principaux dialectes de la «langue d’oc» et parlez de

leur particularités phonétiques, lexicales et grammaticales.

e) Nommez les principaux dialectes franco-provençaux et parlez de

leur particularités phonétiques, lexicales et grammaticales.

f) Quelles étaient les causes de l’évincement des dialectes et de la

propagation de la langue de la capitale dans le pays ?

 

3b. a)A quoi sont réduits les dialectes français dans la France

d’aujourd’hui ?

b) Qu’est-ce que c’est que le français régional ?

c) Quelle est la cause principale de l’influence du français national sur

le français régional ?

 

3c. a) Quelles sont les particularités phonétiques des français régionaux ?

b) Quelles sont les particularités grammaticales des français régionaux ?

c) Quelles sont les particularités lexicales des français régionaux ?

3d. a)Quelles sont les cause de l'action du français national sur les parlers

locaux ?

b)Quels dialectes ont apporté le plus de lexique dans le français

national ?

c)Citez les exemples de l’enrichissement du français national par les

dialectes normands et picard.

d)Quel est l’apport des parlers de la Savoie et de la Suisse française au

français national ?

e)Quel est l’apport des parlers dialectes picardo-wallons au français

national ?

f) Caractérisez les français régionaux en dehors de France.

IV. OUVRAGES A CONSULTER :

 

1. Лопатникова Н.Н. Лексикология современного французского языка (на франц. языке). – М.: Высшая школа, 2006. – С. 163-178.









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